Histoire du tourton
Le Champsaur ne serait assurément pas ce qu'il est sans le Tourton...
terre ou de, pruneaux, tient une place à part dans le coeur des champsaurins d'ici et
d'ailleurs.
Ils y retrouvent la saveur d'un autre temps, celui des chaudes réunions de famille,
des corvées de fauchage en commun, dures et joyeuses, des fêtes qui marquaient
le temps qui passe, Noël, pélerinage ou même mariages.
Le Tourton, ce plat que tout le monde aime, que l'on offre si facilement dans des
grandes paillasses à pain (tellement meilleurs mangés avec les mains) étaient aux
Amériques pour les 5000 émigrés champsaurins un véritable signe de ralliement
au même titre que l'Edelweiss.
A l'époque, "ça coûte cher de faire des Tourtons...", car bien que fait entièrement
de produits de la ferme, il fallait acheter l'huile... .
En 1985,un Chaillolàrd, Jean-Louis Pellegrin, rejoint bientôt par son frère Eugène,
décide de faire connaître à tout 1 département la spécialité de la vallée. Réalisés
de façon 'artisanale avec les meilleurs produits, leurs "petites toultes"
(c'est l'éthymologie de Tourton), particulièrement légères et croustillantes,
vendues sur les marchés vont vite conquérir les Hautes-Alpes et même les
départements voisins.
Tourtons de pommes ou de pruneaux, dessert de tous les repas de fête et
de cérémonie d'autre-fois, tourtons d'herbes ou de pommes de terre qui
constituent en alternance avec des tourtes grosses comme des roues de
char antique le plat de résistance champsaurin.
L'enthousiasme montant chaque jour à l'approche de la fête nous sommes
allés interroger le célèbre historien Tabalory de la Fatorgue, docteur
honoris causa de presque toutes les universités de gastrotechnie mondiales,
sur les origines du tourton.'Nous livrons à nos lecteurs la, réponse qu'il
nous a faite:Les origines du tourton, nous a déclaré l'éminant chercheur, se
perdent dans la nuit des temps...
J'ai longtemps pensé qu'elles remontaient au XIIe siècle, car, comment
expliquer autrement la venue à cette époque du nombre impressionnant
de pèlerins, on ne disait pas encore touristes, dont témoignent Ies modestes
archives de Beauvoir (1183). Bien sûr, c'est pour faire leurs dévotions
dans la célèbre chapelle construite par les maires de "abbaye St-Victor
de Marseille qu'ils venaient de Gap, de tous les diocèses voisins et
de la -Provence tout entère, mais c'était aussi, je n'irai pas jusqu'à dire
surtout, pour déguster les, délicieux tourtons de pommes de ,terre qui
leur étaient servis à l'Hospice, on ne disait pas encore Hôtel, de la
de la rue de l'HôPital.
Nous aurions bien aimé, à cet instant, pouvoir intervenir, ne fût-ce
qu'au nom d'un certain Parmentier, mais le grand savant ne nous en
laissa pas le temps, poursuivant avec véhémence « En vérité, il faut
remonter encore beaucoup plus loin dans le temps et je ne crains pas de
l'affirmer de la manière la plus solennelle: Les tourtons existaient déjà,
à l'Age de bronze! Ma théorie est la seule en effet qui puisse expliquer
la découverte au hameau de l'Aubérie de la fameuse ceinture de bronze
dont s'enorgueillit, à très juste titre, le musée départemental de Gap.
Voici son histoire:
Un guerrier fatigué des brumes et des frites nordiques, fit un jour en terre
champsaurine, la guerre buissonnière et échoua à St-Bonnet.
Les autochtones étaient déjà de fort hospitaliès gens et notre guerrier
mangea tellement de tourtons qu'il lui fut impossible, au moment de rejoindre
ses frères d'armes, de boucler sa, ceinture et qu'il dut la jeter par dessus
une haie (c'était bien avant le remembrement...).
Que vous veniez du sud ou bien du nord, amis vacanciers, qui séjournez,
actuellement dans la région ne faites pas, samedi soir, comme vos illustres
ancêtres (ou alors, discrètement dégrafez, sans la quitter, votre ceinture).
Dégustez raisonnablement les délicieux tourtons aux pruneaux tout en
suivant le spectacle de choix que vous propose le Comité des fêtes. Vous
verrez combien vous serez légers au cours du bal qui suivra.
Ecrit par CLAPAS