Economie champsaurine - les racines
Les racines de l'économie champsaurine
Les traditions inspirent parfois l'économie. Et, à une époque où les consommateurs
sont en quête d'authentique, cela réussit plutôt bien aux entreprises qui proposent
des produits de terroir. L'Unioun Prouvençalo entend démontrer que la culture
provençale, outre son importance identitaire, a également des retombées sur
l'économie.
A son initiative, une étude est menée dans ce sens par l'Université d'Avignon dans
la région. Les premiers enseignements en seront tirés les 5 et 6 mai prochains, en
Avignon, lors d'un congrès européen au cours duquel le cas de la Provence-Alpes-
Côte d'Azur sera confronté à celui d'autres régions identitaires du Vieux continent.
Les Hautes-Alpes sont fortement concernées par ce phénomène. Plus de 120
entreprises spécialisées dans les produits régionaux y sont recensées. Cela va des
spécialitésculinaires au travail du bois, en passant par les alcools, le miel, les
fromages ou les vêtements.
Tout au long de l'année, Lou.Semenaire va donc se livrer à un tour d'horizon de ces
entreprises, en .commençant par la vallée du Champsaur, qui accueille quelques
fleurons des produits de tradition.

Produit-phare du pays gavot, le tourton est désormais associé au nom des frères
Pellegrin, qui se sont lancés dans l'aventure en1985, à Chaillol. A l'époque, Jean-
Louis Pellegrin crée une fabrication artisanale et les fait cuire devant ses clients, sur
les marchés de la région.
En 1988,il s'associe avec son frère et "Le Tourton du Champsaur" prend de l'ampleur.
En 1994, l'entreprise va s'installer dans des locaux neufs à La Plaine de Chabottes. 
Histoire de l'entreprise Pellegrin
Sur la route Napoléon qui serpente de Grenoble à Gap, on laisse une à une les vallées
des Écrins partir vers l'est: Valbonnais, Valjouffrey et Valsenestre, Valgaudemar...
Mais avant d'atteindre le col Bayard, on quitte la route de l'exil impérial pour entrer
dans le Champsaur.
La petite vallée s'ouvre sur une Immense plaine qui ressemble au Far West et à la
Californie, que les Champsaurins sont allés conquérir, des tourtons plein leurs
besaces, au XIXème siècle, dans le sillon des intrépides Barcelonnettes et autres
Alpins conquérants, poussés par la misère et attirés par l'aventure, solidaires comme
des mousquetaires. Lesprit aventurier, les Champsaurins se le transmettent de
génération en génération, comme la recette du tourton.
Jean-Louis Pellegrin est de ceux-là, qui nous accueille dans l'atelier de Chabottes. Il
est Il heures, la production est en route depuis tôt le matin. On enfile les chaussons
hygiéniques réglementaires, comme si on entrait dans une maternité.
C'est ici que naissent les tourtons du Champsaur. D'après les recherches de Jean-
Louis et de son frère Eugène, le tourton aurait été créé dans les années 1830 et on
l'aurait communément appelé "coussin du petit Jésus" car il était servi pour les
fêtes de Noël.
Mais cette spécialité n'aurait pas dépassé les cuisines champsaurines si, un jour de
l'été 1985, Jean-Louis ne s'était mis en tête d'en fabriquer pour aller les vendredi
au marché. « On était en pleine crise du bâtiment, je n'avais plus de travail et la
saison de ski, qui me faisait vivre l'hiver, était encore loin. » Succès immédiat dès le
lendemain, au marché de La Mure, où il fait frire sur place les tourtons fabriqués la
veilledans sa cuisine: «À 10 heures, j'avais tout vendu! Alors, j'ai décidé de continuer
sur ma lancée.»
« Ce matin, c'est pomme de terre-reblochon. »
Dans l'atelier mis à disposition par la mairie de Chabottes, en 1993, le bruit des
machines, des pompeset des couteaux, relaie la radio et les voix qui s'interpellent.
l'odeur de la pâte et de la purée de pommes de terre l'emporte sur tout.
« On fait au maximum trois sortes de salés par jour. Là, c'est pomme de terre-
reblochon.»
Parce que des tourtons, il y en a pour tous les goûts ou presque. Un portable
sonne. Jean-Louis s'excuse et s'interrompt. Il revient et reprend son histoire.
Le tourton. Il est une source intarissable de cette saga culinaire. « Pendant trois
ans, ça me plaisait tellement que je faisais ça tous les jours, j'en ai même arrêté
les saisons de ski! l'après-midi en cuisine, le matin sur les marchés de La Mure,
Vizille, Gap, Laragne... »

Mais malgré les heures passées, il ne suffit plus à la tâche et, en 1988, s'adjoint
l'aide de Maurice Gondre, dit l'Abeille.« Ici, on a tous des surnoms, c'est une
coutume dans les campagnes. » Ainsi donc, le spécialiste du laminoir s'appelle
l'Autruche (Thierry) et n'est autre que le frère de l'Abeille! Maurice l'Abeille,
chef de préparation à l'imposante silhouette, qui supervise la fabrication et qui,
quand on le questionne sur la composition de telle ou telle farce, répond d'un air
malin: « Je n'en sais rien, moi, je suis maçon! » « Aujourd'hui, ce sont les machines
qui mélangent, aplatissent et coupent, mais au début c'était nous. La mécanisation
n'a rien enlevé au goût, affirme Jean-Louis, bien au contraire. »
De tourton en tourton,vingt ans après les premiers marchés, la production atteint
40 000 petits coussins quotidiens, et Jean-Louis a abandonné la cuisine pour gérer
l'entreprise familiale.
Son frère Eugène, négociant en vins, l'a rejoint pour développer la clientèle de
restaurateurs.
De la famille ou non, tous ici sont Champsaurins, exepté un « C'est l'étranger, il est
du... Valgaudemar! », plaisante Jean-Louis sur le pas de la porte. Sous le soleil,
face au Vieux Chaillol qui culmine à 3 163 mètres, la vallées'enfonce à l'est vers la
station d' Orcières- Merlette qui attend la neige et, vers l'ouest, bute contre le massif
du Dévoluy, dressé comme une forteresse. Entre les deux, le visage ouvert et
souriant de la plaine du Champsaur.


